En bref : 10 jours de formation initiale à Grenoble à l'IPAG, puis 6 mois à Santiago du Chili, à l'ESO, ponctués de séjours au VLTI à Cerro Paranal. Le tout à propos de "l'analyse de données interférométriques du VLTI et la simulation numérique des propriétés des disques protoplanétaires".
En cette radieuse matinée du 5 août 2012 (enfin, pour faire pas radieux en Atacama, c'est 2 jours par an...), j'ai décidé de ne pas faire le touriste japonais mais de plutôt découvrir les environs par moi-même. Pour cela, rien de tel que de louer un vélo et d'aller parcourir les routes des environs. Quelques uns des joyeux lurons de la veille avaient émis le souhait de faire cette balade avec moi, mais le matin un mot de Paco m'a informé qu'ils laissaient tomber. Gueule de bois quand tu nous tiens !
Je me suis donc retrouvé tout seul à prendre le départ, dûment équipé en eau, provisions et crème solaire. J'ai été agréablement surpris par la qualité de la bécane de loc (la même que la mienne à Santiago mais en mieux).
En route ! Direction le nord, en longeant la vallée du Rio San Pedro. La route devient vite chemin, un chemin probablement tout à fait praticable en 4x4, mais qui m'annonce très vite la principale difficulté de la journée : l'ensablement. Tout au long de la balade, les chemins sont recouverts de façon intermittente d'une couche de sable suffisamment mince pour être praticable, mais assez épaisse pour que les pneus s'enfoncent notablement et rendent la progression fatigante. Du coup, tout le trajet devient un exercice de pilotage et un dilemme cornélien : passer par les zones lisses mais s'ensabler, ou ne pas s'ensabler mais se casser les reins sur les zones rocheuses ?
Première destination touristique atteinte : la Pukara de Quitor (forteresse de Quitor en atacamène). Il s'agit des ruines d'un village fortifié à flanc de colline, datant de l'époque précolombienne, et même pré-inca, qui fut le témoin des combats avec les Espagnols. Après deux expéditions d'une centaine de personne qui furent défaites à chaque fois lors de l'assaut de la forteresse (les armes à feu ne font pas tout contre le nombre et les fortifications), les Espagnols revinrent en force, conquirent le fort et ornèrent ses murs avec les têtes des vaincus. Aujourd'hui, ces décorations macabres n'entourent plus le site, connu depuis cet épisode comme "le village des têtes", en revanche la forteresse vaut toujours le coup d'œil. À cause de la taille et de la complexité du complexe, qui associe lignes de fortifications et zones d'habitation, et à cause (encore une fois !) de la géologie du coin. D'ailleurs, géologie et histoire se mêlent en un spectacle unique, car la forteresse a bien sûr été construite avec les pierres de la région, si bien que sur la colline rocheuse, ruines et éboulis se côtoient dans un entrelacs de pierres rouges, sans qu'il ne soit toujours possible de déterminer qu'est-ce qui est l'œuvre de l'Homme ou de la Nature.
Pukara de Quitor, village fortifié à flanc de colline
Vue de l'oasis de San Pedro depuis une ligne de fortifications
Le village n'est fortifié que dans une direction, car sa position
stratégique le protège sur trois flancs par ce genre d'à-pics
Le Rio San Pedro passe au pied de la forteresse
Portail de pierre qui ne mène à rien, mais
date aussi de l'époque de la forteresse. Paraît-il.
La gorge escarpée qui protège le deuxième flanc du village
Un envahisseur européen dans une maison atacamène
Ruines et éboulis se mêlent...
Le Licancabur vu depuis le pied de Pukara de Quitor
Vue de Pukara de Quitor depuis le chemin menant au point de vue sur la colline opposée
Panorama depuis ledit point de vue
La gorge surréaliste qui protège le troisième flanc du village.
Pas infranchissable (je l'ai franchie pour passer d'une colline à l'autre), mais c'est acrobatique !
Je pensais pouvoir descendre jusqu'à la porte de pierre par ici. Bad idea...
Je me sens petit !
Un petit piaf cavernicole
Le portail mène à... ça. Un mur de pierre infranchissable
Après avoir passé plus d'une heure à visiter Pukara de Quitor, je reprends la route le long du Rio San Pedro. Enfin, "le long" serait plutôt "en zigzaguant autour", puisque j'ai dû traverser la rivière au moins cinq ou sept fois en quelques kilomètres. Bien sûr, il n'y avait un pont qu'à la première traversée, le reste a dû se faire à gué, en portant le vélo avec de l'eau jusqu'au genoux. En plus de ces gués, j'ai aussi dû faire face à des ensablements de plus en plus fréquents. Et comme si cette difficulté ne suffisait pas, la poussière et le sable omniprésents ont vite fait de gripper toutes les parties mécaniques du vélo (pourtant bien entretenu, et bien lubrifié au moment du départ), rendant le pédalage affreusement difficile même sur un sol ferme. Tout cela me faisait penser qu'il valait peut-être mieux que les autres se soient désistés, comme ça malgré la galère au moins je n'étais responsable que de moi-même. Qu'est-ce que j'aurais pris après avoir inconsciemment annoncé une balade sympa et bouclable en 3 heures maxi !
Après quelques kilomètres et quelques gués, j'ai dépassé l'embranchement vers les montagnes que j'allais prendre pour rentrer, et j'ai continué jusqu'à un autre monument naturel : la Quebrada de Chulacao (ravin de Chulacao), aussi appelée Garganta del Diablo (je traduis ?).
Vue de l'entrée de la Gorge du Diable depuis le bord de la rivière
La Garganta del Diablo porte bien son nom. Si vous en avez assez de m'entendre dire que "la géologie était incroyable", passez votre chemin. Parce que dans ce ravin, ça ne parle que géologie. Arches de pierres, falaises, surplombs, étranglements, goulets, tunnels... Une chose m'intrigue aussi : la nature de la roche dans ce ravin. Par endroits, cela ressemblait vraiment à de la roche d'origine sablonneuse (grès ?), parfois à de la roche argileuse (lœss ?), parfois plus à de la boue séchée, se détachant sans effort par gros morceaux, parfois encore cette roche argileuse était parcourue de filons blanchâtres formant un réseau de pierre dure tel une toile d'araignée... Si un géologue me lit, ces lumières seront les bienvenues !
Le Grand Canyon en plus petit... Et en mieux !
Halte, on ne passe pas ce mur ! - Mais si, on passe, regardez mon vélo.
Quand je vous dis que géologiquement c'est un truc de malade...
Portage de vélo obligatoire !
Mon but n'étant pas de traverser toute la gorge, qui ne débouche sur la vallée qu'après un long moment (et qui, en plus, devient plus large, plus sablonneuse et moins intéressante après le premier kilomètre), j'ai rebroussé chemin pour retourner à la rivière et comme dit précédemment, prendre la direction des montagnes de la Cordillère du Sel.
Et j'ai même un bonus ! L'appareil photo fixé au Gorillapod lui-même entortillé tant bien que mal autour des sangles du sac à dos fournissent la GoPro du pauvre, voici donc en exclusivité la fin de ma descente à travers la Quebrada de Chulacao ! (ça devient intéressant au bout de deux minutes)
J'ai ensuite dû retraverser la rivière une ou trois fois pour rejoindre la route qui montait en direction du tunnel de los Altos de Catarpe, tunnel désaffecté qui permet de traverser la cordillère pour atteindre le désert. En longeant la crête, je devais atteindre les célèbres dunes de la Valle de la Muerte et finalement rejoindre San Pedro.
Une fois deux fois, ça va, mais après un moment, c'est marre...
La montée vers le tunnel, relativement raide, a été franchement éprouvante. Cela dit, je peux me chercher des excuses : ensablement, chaîne grippée, soleil de plomb et air sec, plus peut-être l'altitude. Ou alors je n'étais juste pas en forme !
Panorama de la vallée du Rio San Pedro depuis la Cordillère du Sel
J'ai finalement atteint ce tunnel, et, après avoir repris mon souffle à l'ombre de la falaise, je l'ai traversé pour continuer l'aventure de l'autre côté. On m'avait averti que ce tunnel désaffecté était potentiellement dangereux à cause de possibles éboulements. Je m'étais dis : "bah, s'il y a des cailloux qui tombent du plafond, au pire le plafond n'est pas très haut, et puis j'ai un casque". J'ai compris la légèreté de mon propos en arrivant à la moitié du tunnel : un bloc de pierre d'environ deux mètres cubes (donc de 4 à 6 tonnes selon la nature de la roche) accompagné d'un éboulement de pierres plus petites bouchait quasiment le passage, et avait laissé un véritable gouffre dans le plafond. Face à 6 tonnes de roches qui tombent, un casque ne suffit pas. Réflexion faite, ne nous attardons pas sous cette voûte !
Tunel de los Altos de Catarpe. Si vous avez de bons yeux,
on voit le bloc rocheux qui l'obstrue à moitié.
De l'autre côté, le paysage était radicalement différent. Finis les reliefs et la relative verdure bordant la rivière, place au désert. Plat, plat, plat ; vide, vide, vide ; sec, sec, sec.
Je devais trouver la route de la crête, j'ai donc suivi les traces de pneus visibles dans le sable. Un instant d'hésitation : on dirait que quelque chose tourne à gauche, longeant directement la crête, mais la majorité des traces va tout droit, que faire ? Je prends tout droit. Fatale erreur. Peut-être pas complètement fatale, mais presque.
De ce côté, c'est moins vert...
J'ai descendu l'oued que longeaient les diverse traces de pneus, pour finalement arriver dans le désert proprement dit. Rien à perte de vue, mais les traces de pneus tournent vers le Sud, ce qui semble être la bonne direction, et où je sais que dans tous les cas je finirai par couper la route Calama - San Pedro. La sensation de rouler totalement seul dans un tel endroit est saisissante, et franchement légèrement angoissante.
Syndrome "perdu tout seul dans le désert".
En fait, au moment de prendre la photo je ne savais pas encore que j'étais perdu !
Désert (n.m.) : endroit où il n'y a rien ni personne à 360°
Après quelques kilomètres à naviguer entre bancs de sables et cailloux, j'ai aperçu l'entrée d'une gorge dans les montagnes à ma gauche, donc en direction de San Pedro. La route de Calama était déjà visible, et des traces remontaient vers cette vallée. Bingo ! J'avais donc trouvé la Valle de la Muerte. Ou pas. Après être difficilement remonté jusqu'à l'entrée de cette vallée à travers le sable, j'ai commencer à longer dunes et falaises qui étaient effectivement impressionnantes. Mais les traces ont commencé à se disperser puis disparaître, jusqu'à ce que j'arrive à un endroit où les quelques traces de pneus (de 4x4) encore visible s'enfonçait dans une étendue sablonneuse impraticable à vélo, tandis qu'un oued s'enfonçait dans la montagne dans une direction correspondant à peu près à San Pedro. J'ai choisi l'oued. Encore une fois, mauvais choix.
Les dunes d'une vallée qui n'est finalement pas la Valle de la Muerte
Sable ou rochers ? Rocher, encore une fois. Bad choice.
Moralité : un oued, ça se descend, ça ne se remonte pas. Autant on est sûr qu'en descendant on va arriver dans la vallée, autant en remontant, on ne sait pas où l'oued débouche, d'ailleurs, a priori il ne débouche même pas. Je me suis donc retrouvé à court d'eau et de nourriture (j'avais pourtant pris large !), à remonter un oued pour finalement me retrouver au milieu d'un labyrinthe de petits vallons creusés par la pluie, dont aucun de débouchait sur autre chose qu'un mur rocheux. Je m'inquiétais déjà depuis un moment du retard pris sur l'horaire prévu et de l'absence de traces, mais quand je me suis retrouvé dans ce cul-de-sac, j'ai commencé à la sentir vraiment mauvaise. Ça peut sembler cocasse comme ça, mais dans le contexte, se dire "mon vieux, tu es tout seul dans le désert, et tu t'es perdu sans eau ni nourriture dans la Vallée de la Mort", ce n'est pas exactement joyeux.
Il est possible que suivre tant bien que mal les traces de 4x4 à travers les sables m'aurait mené quelque part, mais sans eau ni provisions il était hors de question de prendre encore le risque de se perdre et de passer quelques heures de plus d'effort en plein soleil.
J'ai donc décidé de rejoindre la seule voie de retour que je connaissais et que je pouvais retrouver sans difficulté : la route de Calama. J'ai rebroussé chemin pour descendre l'oued jusqu'à la sortie de la vallée, et j'ai rejoins la piste qui traverse le désert et que j'avais quittée pour tenter la traversée de cette pseudo-Valle de la Muerte. La distance n'étant pas mesurable, j'ai essayé de l'estimer via le diamètre angulaire apparent des voitures sur la route. Malgré l'imprécision de cette estimation (entre 2 et 8 km), Google Maps me donne aujourd'hui raison : à vue de nez, j'ai dû parcourir 4 ou 5 km pour rejoindre la route. À partir de là, je pensais que les efforts étaient presque finis. C'était sans compter que je m'était fortement déporté à l'ouest, et qu'il me restait donc plus de 10 km de route à faire, dans la joie et la bonne humeur, avec comme compagnie le soleil, la poussière, mon vélo grippé et les camions passant à 100 km/h. Au moins je savais que j'arriverais quelque part, et qu'en cas de problème je pouvais faire du stop.
J'ai enfin atteint San Pedro, avec deux heures et demie de retard sur l'horaire que j'avais prévu. La boutique de vélo étant fermée (et la bécane de toute façon louée à la journée), j'ai gardé le vélo jusqu'au soir. Après une douche indispensable et un repas copieux et copieusement arrosé (d'eau), pris sous les arbres de la place de l'église, j'ai dû me rendre à l'évidence : je n'avais aujourd'hui plus le temps ni l'énergie de remonter sur le vélo pour visiter comme prévu la Valle de la Luna. J'ai donc remis cette excursion au lendemain, et à la place, je suis allé faire le marché où je me suis acheté un nouvel ocarina (8 trous au lieu de 6) et de la coca. En feuille, en maté, en bonbons... Question cocaïne, on repassera, mais c'est 'âchement bon et il paraît que ça aide contre le mal d'altitude, parce que la coca a un effet vasodilatateur. Donc il n'y a pas que pour l'altitude que ça aide, héhéhé... [ insert lubricious devilish smile here ]
Après quoi, je suis allé visiter le musée Padre Le Paige. Le père Gustave Le Paige est un prêtre belge qui a été pendant de longues années curé de San Pedro. Du coup, le musée et la rue Gustavo Le Paige se prononcent "lepèje" en bon français, et non "lè païhe" comme on pourrait le croire. Le père Le Paige était féru d'histoire et d'archéologie, il a donc passé toutes ces années à parcourir la région et rassembler les pièces historiques datant de toutes les époques de l'occupation humaine en Atacama, depuis la préhistoire jusqu'à l'invasion espagnole, en passant par la période atacamène originelle et l'occupation inca. Toute cette collection personnelle est aujourd'hui regroupée dans le musée. Fut un temps, le clou de l'exposition était un groupe de momies indiennes, mais à la demande des peuples indiens, elles ont récemment été retirées.
Le musée présente aussi une exposition d'or indien, qui, bien que de taille modeste, est très belle.
Parmi des éléments les plus présents dans le musée, les accessoires pour la prise rituelle d'hallucinogènes.
Tubes à sniffer ornementaux, tablettes décorée pour préparer ses rails...
Ce n'était à l'époque pas de la cocaïne, mais les yeux du petit bonhomme témoignent que ça faisait effet aussi !
Le soir venu, il était temps de rendre le vélo. Également de profiter de la lumière du soir pour photographier encore l'église (on ne s'en lasse pas) et les volcans des Andes au crépuscule. Après cela, au lit, et tôt, car le lendemain, je devais décoller à 4h pour l'excursion suivante !
J'ai promis à un couple d'Allemands de leur envoyer mes photos de AAAA4, et du coup, tant qu'ils n'ont pas téléchargé le dossier en question, je n'ai pratiquement plus d'espace sur mon compte Picasa. Je me retrouve à devoir redimensionner les anciennes photos pour libérer un peu de place, sinon vous ne pourrez pas en voir de nouvelles. Sauf que c'est long, emmerdant et que j'ai mon rapport à taper. D'où le retard pris par le blog, désolé.
Mon premier matin à San Pedro de Atacama impliquait de se lever à l'aube pour être prêt à prendre le minibus à 7h du matin. Comme d'habitude, de peur de ne pas entendre le réveil, je n'ai pas dormi. Au moins, cela m'aura permis de sortir avec une bonne marge sur l'arrivée du bus, et donc de pouvoir aller admirer le lever du jour sur les volcans de la cordillère.
Au centre, le cône du volcan Licancabur
Paco me rejoint ensuite, et nous montons dans le bus, remplis pour moitié de francophones, et pour moitié d'une joyeuse bande venue des bords de la Baltique : Danemark, Allemagne, Pologne, Lithuanie... Malheureusement, je ne parviens pas à photographier l'impressionnante sortie du soleil de derrière les volcans, tandis que nous faisons route vers notre première destination : le salar d'Atacama. Le salar, situé au coeur de l'immense réserve nationale des flamants, est une (très) vaste étendue plate et couverte de boue séchée mêlée de sel, parsemée de quelques mares où les flamants viennent s'abreuver, se nourrir de micro-crevettes, et, dix minutes par an, se reproduire. Outre les flamants, nous rencontrons aussi quelques autres oiseaux qui pataugent dans les mares salées. Après avoir photographié les piafs à satiété, nous prenons le petit-déjeuner avec les guides dans la lumière du soleil qui se lève sur le désert.
Flamenco de Chile et Parina chica (flamant de James)
Caití (avocette des Andes)
Chorlo de la puna (pluvier de la puna)
"Le salar est une très vaste étendue plate"
Nota : la puna étant la région des Andes située entre 3500 et 4800 d'altitude, de très nombreuses espèces du coin, comme ce chorlo (photographié à seulement 2500 m), s'appellent "de la puna". Logique.
Nous avons ensuite repris la route en direction de l'altiplano. Objectif : les lacs Miñiques et Miscanti à 4150 m d'altitude. Le trajet s'effectue sur les routes en terre qui serpentent au milieu de paysages extrêmement variés, et, malgré l'altitude, bien plus hospitaliers que l'Atacama ! Le tout dominé par les fumerolles s'échappant du cratère du volcan Lascar.
Mine de lithium sur le salar
Il y a un peu plus de végétation qu'en bas !
Nous passons le long de Agua Caliente, une zone qui, comme son nom l'indique, est couverte d'eau d'origine volcanique, chaude et chargée en arsenic. Comme on dépasse les 3500 m d'altitude, on ne sait plus trop qu'est-ce qui est concrétions salines ou neige ! Lors d'un arrêt-photos, nous tombons au bord de la route sur une viscache - qui, malgré les apparences, est un plus proche parent du porc-épic que du lapin !
La ESO connection : Paco et moi
Les effets de l'altitude commencent à se faire sentir en approchant les 4000 m : les migraines se généralisent à bord du bus, et une Espagnole est même atteinte de mal aigu des montagnes (mal de puna)... Malgré cela, les guides nous offrent un petit "bonus" : nous faisons un détour par la Laguna Tuyajto, tout près de la frontière avec l'Argentine, où les excursion ne vont d'habitude pas. Les paysages semblent peints à l'aquarelle (entre autre parce que l'extrême pureté de l'air et les grands espaces gomment toute notion de relief), et nous croisons de-ci de-là de petits groupes de vigognes. Sur la route, nous tombons sur deux touristes chiliennes en 4x4 qui sont tombées en panne et se sont ensablées. Nous prévoyons de les récupérer à la descente, parce que vu comme le coin est fréquenté, elles peuvent attendre en stop jusqu'au nouvel an.
Les plus petits camélidés au monde...
...fournissent la laine la plus chère au monde (20.000$ le pull)
Le lac Tuyajto lui même est, à nouveau, bordé de concrétions blanchâtres, et l'eau elle même a une teinte si claire à cause de sa très forte teneur en sels minéraux, (arsenic, soufre et borax, notamment).
Nous mettons ensuite le cap vers le point culminant de l’excursion, les lacs Miscanti et Miñiques. Tandis que nous prenons encore de l'altitude, l'état de notre Espagnole, même avec une bouteille d'oxygène, ne s'améliore pas...
Je vais finir par manque d'adjectif pour décrire le trajet dans l'altiplano, si je dis encore que les paysages étaient magnifiques et variés, et la géologie incroyable. Je vais donc me contenter d'un exemple... géologique. Pendant cette excursion, en quelques 70 km à travers la puna, nous avons vus des paysages formés tantôt par de la cendre volcanique compactée par des glaciers, tantôt par des coulées de laves, des roches volcaniques tantôt ultra-légères (pierre ponce), tantôt ultra-lourdes (fer)... Paysages variés, quoi.
Ce n'est pas de la pierre ponce, mais de la cendre qui a été compactée par les glaciers !
Nous sommes finalement arrivé à la réserve qui abrite les lacs Miscanti et Miñiques. Nichés au cœur de cette région séche et volcanique, voici donc deux magnifiques lacs d'un bleu intense, abritant une faune protégée et surplombés par deux sommets, se nommant... Miscanti et Miñiques. Qui l'eût cru.
Vue de l'altiplano depuis l'entrée de la réserve
Le lac Miscanti, à gauche le mont Miscanti (5622 m)
Tagua cornuda (foulque cornue) au bec... cornu
et pato puna (sarcelle de la puna) au bec bleu
Le lac Miñiques, à gauche le volcan Miñiques (5910 m)
Sur la route du retour, nous retrouvons nos touristes ensablées. Il s'avère alors que le différentiel n'est pas cassé comme il avait été dit précédemment, donc il nous "suffit" de se mettre à dix pour pousser le 4x4 pour le désensabler. Quelques efforts plus tard (qui à cette altitude se font immédiatement sentir), elles peuvent reprendre la route. Nous les retrouverons d'ailleurs pendant que nous prenons notre repas dans un restaurant à Socaire, minuscule village perdu dans l'altiplano. Nous apprenons alors qu'elles en sont les propriétaires (et donc pas des touristes, juste des truffes) ! Nous sommes du coup un peu frustrés de ne pas être remerciés de notre dévouement par un petit pisco. Tant pis.
Socaire, outre son resto et les toilettes qui vont avec, offre aussi une ancienne petite église en pierre et en adobe qui vaut le coup d'oeil.
Dernière étape avant le retour à San Pedro : la visite de Toconao, autre village atacamène qui pourrait être un San Pedro bis, si ce n'est qu'il est construit en pierre volcanique au lieu d'adobe, et qu'il n'est pas au milieu d'une oasis, mais du désert. Les rues vides et sablonneuses où court le vent sous un lourd soleil ont tôt fait de me rappeler Sergio Leone, probablement parce que je me suis regardé la "Trilogie du dollar" in extenso il y a quelques temps. Malheureusement, je suis encore très loin d'avoir la classe de Clint Estwood... A Toconao aussi, l'église (en pierre volcanique, donc), vaut le détour. À croire qu'ils sont très fort en églises, dans le coin. Nous sommes d'ailleurs hilares de voir la dévotion avec laquelle une touriste chilienne la visite : en bonne catholique elle fait le signe de croix en rentrant puis s'incline devant l'autel, tout en continuant de brailler dans son portable et en faisant des photos de l'autre main !
Clocher sur la place du village.
Notez la porte en bois de cactus.
Dans le village, un lama (animal domestique je rappelle) déambule, et nous permet de prendre quelques photos. Il nous fait également bien rire en essayant obstinément de rentrer dans la supérette du coin, peut-être à la recherche d'ombre, ou de fruits et légumes, se faisant à chaque fois virer énergiquement par la propriétaire !
Ensuite, retour à San Pedro après une journée entière d'expédition. On n'a peut-être pas assez marché et profité "en vrai" des lieux, le mode de fonctionnement "bus / arrêt-photos / re-bus" frôlant parfois le japonisme, mais avec de telles distances à couvrir (170 km dans chaque sens au total), difficile de faire autrement. Je tourne encore un peu dans le village, profitant des dernières lumières du jour, et je retrouve Paco avec la "bande baltique". Nous décidons de se faire un dîner ensemble. Nous nous retrouvons donc une heure plus tard dans le patio d'un restaurant de Caracoles (la rue principale de San Pedro), chauffés par un énorme feu de bois dont ma couenne rôtie se souvient encore. Après un incontournable pisco, le repas fut savoureux, accompagné de vin chilien, et fort animé, Paco le Madrilène nous donnant des cours d'espagnol, Kim le Danois parlant langskip et hydromel, le reste de la compagnie n'étant pas en reste en ce qui concernait la bonne humeur. Fin fort sympathique d'une journée bien remplie !